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Introduction de Jérôme Feugereux pour le livre
Jean
Feugereux,
Paysan !
Nanga, 2008
12 € port gratuit
Dubuffet,
Feugereux,
Soulages… des peintres
paysans
Le terme de « peintre paysan » a été inventé en 1896 par Jules
Breton (1827-1906) pour
qualifier son œuvre ou celle de certains de ses condisciples comme
Jules Bastien-Lepage
(1848-1884) ou Léon Lhermitte
(1844-1925). Ces peintres représentaient certes des paysans mais ne
travaillaient pas la terre. Jean-François
Millet (1814-1875), fils de
paysans du Cotentin, près de la pointe de la Hague, en est le
représentant le plus illustre.
Les authentiques peintres paysans sont beaucoup plus rares,
surtout parmi les artistes connus car il y a un art populaire paysan
assez développé dans certaines régions rurales.
Quelle ne fut pas notre surprise, en faisant des recherches sur
le sujet, de découvrir que les rares peintres paysans étaient plutôt
liés à l’avant-garde et qu’ils ont pour la plupart pratiqué les
métiers de la terre pendant la Guerre 40 tout comme Jean
Feugereux.
Et ce ne sont pas n’importe quels peintres ! Jean
Dubuffet, Engel-Pak,
Albert Gleizes ou Pierre
Soulages.
On peut y ajouter le créateur du « Palais Idéal », le
Facteur Cheval (1836-1924), qui
s’affirme dans son autobiographie comme : « Fils de paysan, paysan,
je veux vivre et mourir pour prouver que dans ma catégorie il y a
aussi des hommes de génie et d’énergie. »
Sur un mur du Palais, on peut lire : « Tout ce que tu vois
passant est l’œuvre d’un paysan ». Si ses métiers connus furent
employé des Postes et boulanger en Algérie, il attachait plus
d’importance à ses origines paysannes et au travail de la terre aux
abords de son palais.
Jean
Dubuffet (1901-1985)
suivit les cours de l’école des beaux-arts du Havre mais hésita très
longtemps entre l’activité paternelle de marchand de vins et la
pratique de la peinture. Découvreur de l’art brut – et créateur de
l’appellation en 1945 – il côtoya de nombreux paysans, créateurs
d’étranges sculptures comme Emile Ratier (1894-1984). Est-ce
pour cette raison que, selon certaines sources, il semble avoir
travaillé la terre pendant la Guerre 40 ?
Engel-Pak (1885-1965) est certes moins connu, il partage
avec Dubuffet des débuts
tardifs en peinture puisque ce n’est qu’après la quarantaine qu’il
expose des œuvres abstraites et rejoint le groupe
Abstraction-Création de Jacques
Villon (un artiste que connaissait Jean
Feugereux et qu’il estimait.
Il est l’auteur entre autres d’une très belle scène de moisson). En
1934 Engel-Pak achète le mas Trinide, près de Sanary, il
l’exploitera pendant dix ans et y accueillera pendant la guerre des
amis artistes ou écrivains, en particulier Marcel
Duchamp (le surréaliste, frère
de Jacques Villon) et
Tristan Tzara, le « pape » du
Dadaïsme.
Pierre
Soulages (né en 1919) fut
de 1942 à 1945 « viticulteur, presque par hasard, à trois kilomètres
de Montpellier », au mas de la Valsière, sur la commune de Grabels.
C’était en fait pour échapper au Service du Travail Obligatoire mais
comment ne pas penser que ses grandes toiles noires – sa marque de
fabrique qui lui a ouvert les portes des musées du monde entier –
brossées et griffées par des instruments inventés et fabriqués de
ses mains n’ont pas quelque rapport avec la terre travaillée par le
paysan ?
Albert
Gleizes (1881-1953) loua
(1927) puis acquit (1938) une grande et puissante demeure sur les
bords du Rhône à Sablons dans l’Isère. En 1930, cet initiateur et
théoricien du Cubisme décida de l’ouvrir aux artistes. Mohly-Sabata
devint une communauté dont il créa la devise « Etre près de la terre
pour être près du ciel ». Une phrase que n’aurait pas reniée Jean
Feugereux dont ses œuvres,
et plus particulièrement les dernières, montrent l’obsession du
ciel. S’il est peu probable que
Gleizes eut une activité paysanne, les autres artistes
partageaient le travail de la terre et celui de l’esprit, un peu
comme les moines. Le maître tisserand de Houx (Eure-et-Loir), le
jovial et talentueux Jacques Plasse le Caisne (1901- ) fut un de
ceux-là. Il fut le traducteur en tapisserie d’artistes de l’Ecole de
Paris comme Manessier,
Bazaine ou Jacques
Villon. Ignorants de leurs
préoccupations agricoles anciennes et communes, Jean
Feugereux et lui eurent
l’occasion de se rencontrer brièvement.
Maigre mais belle moisson d’artistes qui ont, quelques années de
leur vie, partagé le travail dur et exaltant des paysans avant que
ceux-ci n’entrent définitivement dans une autre phase tout aussi
passionnante comme le révèle les œuvres de Jean
Feugereux : celle du
machinisme agricole.
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