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Le passage du mont Cenis, hiver 1832
(...) Jusqu'à Lanslebourg, le fond de la vallée
s'élève, et on aperçoit le mont Cenis. A trois heures du matin, nous
commençâmes à le gravir. Notre attelage était composé de huit mulets
ayant sept conducteurs. Nous montons lentement, à la lueur d'un
falot. Tout est couvert de neige ; on n'entend que les grelots de
l'attelage et le vent qui souffle, qui pousse les nuages. Bientôt
nous en sommes environnés, nous ne voyons que la place où nous
sommes. Une neige fine tourbillonne et nous aveugle. Cependant, nous
prêtons attention à un récit fait par un des hommes qui nous
accompagnent : c'est l'histoire d'une chaise de poste qui a roulé
dans le précipice douze jours auparavant. Tout a été perdu, hommes,
chevaux, voiture. Il finit par dire : « Pour aujourd'hui, je ne
crains pas la neige, mais c'est le vent. » Puis notre conducteur,
celui que vous avez vu chez nous, nous demande très sérieusement si
nous avons fait notre prière, et il recommande à Dieu sa femme et
ses enfants. Tout cela ne fait pas peur, mais cela cause une
certaine émotion. Nous trois, jeunes gens, nous marchons en avant et
arrivons les premiers sur le sommet. Nous ne voyions que le chemin,
les nuages, des croix que l'on a placées de distance en distance
pour marquer les contours de la route et les petites maisons de
secours. Nous déjeunons sur ce sommet ; on dételle les mulets, et
nous reprenons les trois chevaux. Là, les fatigues commencent ; car,
en traversant la plaine du mont Cenis, il fait du vent, la voiture
entre dans des ornières, et il faut la préserver de verser en la
retenant avec des cordes du côté opposé à celui où elle penche. Oh !
je t'assure que je n'ai jamais eu plus chaud qu'à faire ce travail,
et dans la neige jusqu'aux genoux (...)
Ma lettre vous arrivera à peu près à l'époque du jour
de l'an. Ainsi recevez les souhaits de votre fils. Ils sont vifs et
sincères (...)
(Lettres
à son père 21/12/1832 et 12/01/1833) |
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