Adolphe Félix Cals

(Paris, 75 France, 1810 - Honfleur 14 France, 3 octobre 1880) peintre

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Né dans une famille pauvre, il fut apprenti graveur à 12 ans avant d'intégrer l'Ecole des Beaux-Arts de Paris dans l'atelier de Léon Cogniet. Artiste sans concession au goût du public, il ne dut qu'à la protection du comte Armand Doria de ne pas sombrer dans la misère. Il a peint surtout des intérieurs d'humbles demeures et des paysages. Il exposa avec les Impressionnistes (première exposition en 1874).

 

l'artiste vu par ses confrères

 

ses écrits

Une lettre de l'artiste citée par André Joubin dans le catalogue Honfleur et ses peintres, 1934 :

 

Honfleur (Calvados).

Rue Haute, 100.                          6 octobre 1879.

Mon cher Troubat,

J'ai eu de vos nouvelles ces jours-ci par Picard. J'ai su que vous êtes allé à Paris pour organiser la Bibliothèque de l'Elysée, qui n'était qu'un meuble avec rideaux verts. Cela donne la mesure de l'illustre épée, du Bayard moderne.

Picard me raconte la discussion qu'il a eue avec vous à propos des peintres intransigeants et de leurs expositions dont je fais partie. Comment, vous qui êtes avancé en politique, vous êtes si réactionnaire que ça en fait d'art ! Vous vous arrêtez à Cabanel, à Bouguereau, parce que vous voyez là une espèce de forme arrêtée; et vous ne voyez pas combien ces œuvres sont creuses et vides de tout sentiment ! Les autres sont des bohèmes, tant que vous voudrez, mais du moins y a-t-il en eux une sève que je ne trouve pas dans les autres, qui sont posés en chefs de l'école française moderne. Triste école de châtrés !

Et avant tout, ce qui fait que je me suis joint aux autres, c'est que je crois qu'une seule chose peut sauver Fart chez nous, c'est le principe de Liberté appliqué résolument. Nous étouffons en France dans l’atmosphère gouvernementale. Nous attendons tout de la Providence qui a nom Etat. Quelle misère ! Les hommes ont beau se succéder, rien n'y fait ! Les mœurs sont telles, les habitudes sont tellement entrées dans les caractères qu'on crie haro sur ceux qui cherchent à faire sortir de l'ornière. Il ne devrait pas être question ici des hommes ni de leur valeur personnelle. L'Art est malade chez nous, frappé d'anémie; comme bien d'autres choses, il ne pourra être guéri que par des moyens violents. C'est en se retrempant dans la nature, en touchant terre, comme Antée, et au sein de la Liberté la plus entière, qu'il retrouvera sa force. Notre monde moderne est plein d'éléments de vie que l'artiste doit étudier, dont il doit s'imprégner, pour donner à ses œuvres une forme qui exprime le sentiment qui anime aujourd'hui l'humanité. Ah! si j'avais vingt ans de moins, avec quelle ardeur je me jetterais dans cette lutte! Mais je suis brisé, je suis à bout de forces ! Au moins puis-je me rendre la justice que dans ces dernières années j'ai travaillé sans marchander ma peine. Et vous voulez que je prie un Albert Wolff de venir dans mon atelier voir mes pauvres travaux! Non! Je n'ai aucun orgueil du peu que j'ai pu faire, ça n'en vaut pas la peine. Mais j'ai la dignité de moi-même et surtout de l'art que je pratique avec un amour profond. Je vous dirai franchement que j'ai pour ces polissons de lettres un parfait mépris. Autant j'honore un critique sincère, même quand il se trompe (à mon avis du moins), autant je déteste ces plumitifs, que l'on ménage beaucoup trop par crainte des sottises qu'ils trouvent dans leur encrier.

...Je serai bien heureux si vous pouvez m'envoyer quelques lignes qui me disent que vous ne m'en voulez pas de ma parole un peu rude. Que voulez-vous ? ces questions de l'art me tiennent toujours au cœur. Je ne sais si je pourrai reprendre mon cher et bien-aimé travail, mais je mourrai avec l'amour et le respect de l'art. C'est une des grandes manifestations de l'intelligence, de l'âme humaine...

Cals.

 

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