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Simple ouvrier imprimeur, il a su, seul et à force de travail et de
talent, devenir l'imprimeur par excellence. De la même manière il
devint graveur puis peintre lui-même. Tous les graveurs connus de
l'époque sont passés dans son atelier qui fut ravagé pendant la
guerre de 1870. Après un séjour en Angleterre (1871-1876), il créa
la Société des Aquafortistes avec l'éditeur Cadart et eut le courage
de recréer un atelier à Montmartre où rapidement son fils
Eugène vint l'aider puis lui succéder.
l'artiste vu par ses confrères
Henri Julien Detouche
La butte Montmartre [...] la rue Lepic : tout en haut, il y a une discrète
station d'art. Tandis que les moulins invalides ont pour toujours arrêtés leurs
bras, ceux des presses de l'imprimerie Delâtre, en face, tournent encore ; si
les premiers ne donnent plus la blanche farine, les autres du moins fournissent
encore la vigoureuse épreuve. Au fond d'un jardin, une sorte de hangar que les
plantes grimpantes enjolivent. Là, les bras nus et les mains noires travaillent
à la mise au jour des états. Après l'accouchement, l'épreuve sort humide
encore, brandie anxieusement par l'imprimeur qui la considère attentivement
avant de la lancer dans le monde.
Auguste Delâtre, vieux Parisien, probe et modeste artiste, impose tout le
respect, puisque, dès 1843, il fut le collaborateur de Ch.
Jacque et de Marvy. Il a droit à tous
les hommages, puisque tous les plus célèbres de cette constellation d'étoiles
dans le ciel de l'art, qui s'appellent Méryon,
Legros, Daubigny,
Bracquemond, Seymour-Haden, etc., sont sortis de ses presses.
Après avoir été appelé à Londres au South Kensington Museum pour former une
école de gravure et d'imprimerie, il fonda avec Cadart, à son retour à Paris, la
Société des Aquafortistes et fit triompher l'eau-forte avec Ribot,
Rops, Roybet, Chifflart, Jongkind, Lançon,
Manet, Paul Huet, Corot, Jules Hereau, Hervier,
etc. [...]
Il avait eu des moments de tristesse en se demandant si aucun de ses enfants
ne perpétuerait le culte d'art auquel il avait voué sa vie ; mais comme il fut
rassuré du jour où son fils
Eugène, qui avait reçu des conseils de
Lewis Brown, exécuta ses premières planches qui trahissaient, par leur
candeur, une grande émotion de nature et un esprit de patiente recherche. Eugène
Delâtre, marié à 19 ans, ayant eu de si bonne heure à supporter les charges de
la paternité, seconda son père tellement bien, à son retour du service, que le
vieil artiste - 76 ans - auteur de près de cent trente pièces, m'avoua un jour
dans un bon sourire, avec une intonation qui lui venait du coeur, que son art
lui survivrait : son fils ne l'était pas seulement par le sang ; il lui avait
transmis le vaccin d'art.
(De Montmartre à Montserrat, d'un moulin à un monastère, illustrations de l'auteur, Mercure de France, Paris, 1899, pages
27-30)
ses écrits
Eau-forte, pointe sèche et vernis mou, préface de Castagnary, lettre de Félicien
Rops, gravures inédites par F. Rops, H. Somm, A.
Point,
Delatre (3), Lanier Vallet, Paris, 1887 (broché, 26 x 20 cm,
34 pages) édition originale
disponible
gratuitement en téléchargement
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Cuivre, écrits et paroles d'artistes, Nîmes, 1989 (broché, 13 x 13 cm,
un véritable cuivre orne la couverture, 40 pages sur papier bouffant 90 grammes, impression "couleur cuivre", 300 exemplaires tous numérotés, références bibliographiques)
Les rapports du graveur avec son cuivre : de la technique d'Abraham
Bosse à l'intérêt de
Dali, en passant par
Picasso,
Rouault ou
Pissarro, trente artistes, dont des contemporains ,dévoilent leurs rapports, souvent passionnels, avec la planche à graver. Textes de
Paul Valéry (qui grava), Gaston Bachelard (en exergue),
Jules Adeline,
André Béguin,
Abraham Bosse,
Jean Feugereux,
Adolphe Potémont,
A. P. Martial (c'est le même que le précédent),
Auguste Delatre,
Pablo Picasso,
Albert Flocon,
Jean Eugène Bersier,
Stanley William Hayter,
Alphonse Lamotte,
Maxime Lalanne,
Virgil Nevjestic,
L. R. Berge,
Charlotte Reine,
Etienne Cournault,
Mario Avati,
Georges Rouault,
Marcelin Desboutin,
Odilon Redon,
Salvador Dali,
Camille Pissarro,
Jacques Villon
en savoir plus
Il faut être artiste pour imprimer des eaux-fortes, il ne suffit pas de
connaître le métier mécanique, c’est pour cette raison qu’après j’ai imprimé
tous les artistes. Ils n’ont jamais vu en moi un imprimeur ordinaire, mais ils
m’ont toujours traité en camarade et en artiste comme eux-mêmes... Mon fils est
un excellent artiste, et je me réjouis de lui voir faire ce que j’aurais voulu
faire moi-même. Naturellement, il est très intéressant d’imprimer de belles
eaux-fortes, mais c’est encore plus intéressant de les graver soi-même... Pour
savoir tout ce qu’on peut obtenir, l’artiste doit être imprimeur ou l’imprimeur
artiste ; voilà tout le secret qui a rendu mes épreuves célèbres... Du même
cuivre il (son fils Eugène) pourrait tirer 20, 30 et 40 épreuves
différentes. Déjà dans l’eau-forte en noir l’imprimeur pouvait par exemple
changer un effet de plein jour en effet de lune... Il faudrait que l’artiste
imprimât, mais comme ce n’est pas possible... il n’y a qu’une seule ressource,
c’est l’imprimeur artiste. (Conférence après 1900)
ses livres
ses signatures ses autographes ses manuscrits
ses oeuvres
L’Estampe impressionniste, Bibliothèque nationale, Paris, 1974
sa présence sur le Web
son contact ses amis
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