|
André
Breton le tenait pour un des précurseurs des Surréalistes,
les chanteurs et les comiques - comme Roger Pierre et Jean Marc
Thibault avec Le Grand Meetinge du Métropolitain (même si
dans leurs mémoires, il la qualifie de "chanson d'étudiants") -
reprennent jusqu'à nos jours ses chansons et ses monologues.
Laissons Donald Mac-Nab, son cousin, nous faire revivre cet artiste
attachant qui dessina également :
"Le succès formidable que l'auteur remporta dans la salle
minuscule des ombres chinoises de la rue Victor Massé n'est pas
encore oublié ; le nom de Mac-Nab est désormais associé à
celui du Chat Noir, et l'on se souviendra toujours de
la façon originale dont ce poète à la physionomie étrange, à l'abord
sympathique, au geste saccadé, débitait ses oeuvres.

costume et tartan du clan Mac Nab
 Avec
son masque impassible de gentleman écossais, Mac-Nab était un
gai, et lui, qui ne se déridait jamais, s'entendait à merveille à
dérider les autres. Décider le rire, le rire franc, sain,
communicatif, c'était là son bonheur, pour lui un véritable
apostolat, l'apostolat de la gaieté, car il en était convaincu, et
il se plaisait à le répéter : "Il n'y a que les bons qui sachent
rire." Aussi, toujours à l'affût, excellait-il à découvrir l'aspect
technique des événements. Vers, proses, monologues, chansons,
dessins, tout lui était bon pour manifester le besoin de satire
humoristique qui le travaillait sans cesse. mais c'était la gaieté à
froid et parfois même macabre, non pas qu'il fut jovial, exubérant,
fantasque ; sa gaieté éclatait à distance dans l'esprit et sur les
lèvres épanouies de ses auditeurs, sans que la physionomie du poète
"excitateur" s'animât même d'un sourire ; on eût dit qu'il cherchait
dans le rire des autres une diversion à quelque souffrance secrète.
Ceux-là qui sont nés avec des aspirations vers un idéal quelconque,
et dont l'organisation sociale féroce confine l'existence en des
besognes répugnantes et mal rétribuées, ceux-là me comprendront.
Qu'on joigne à cela la maladie qui le minait et que l'atmosphère
malsaine des bureaux et le surmenage du travail postal accroissaient
journellement, et l'on s'expliquera les deux hommes qu'il y avait en
lui, le fonctionnaire correct et compassé, et l'autre, le fervent de
l'idéal, le comique ahurissant par ses surprises, par ses
coq-à-l'âne imprévus, par ses flegmatiques incohérences, le
fantaisiste à tous crins [...]
Ce fut aux Hydropathes que Maurice
Mac Nab fit ses
premières armes [...]
Plus tard, les Hydropathes changèrent de nom et
s'intitulèrent Hirsutes, sans doute à cause de la
chevelure démesurée que quelques-uns se croyaient obligés, par
tradition romantique, de porter [...]
La note comique faisait un peu défaut aux Hirsutes
; elle n'était guère représentée que de loin en loin par Ch. Leroy,
Galipaux et Jules Lévy, l'inventeur du Salon des Incohérents
: Maurice Mac Nab se chargea de la faire retentir. En arrivant du
régiment, où il avait chanté tous les incidents de vie de caserne, à
la grande joie de ses compagnons de chaîne, son premier soin fut de
s'enquérir d'un milieu propice au déploiement de ses instincts
poétiques.
Un beau soir, on vit s'avancer sur la scène un grand garçon au
nez proéminent, la figure longue et anguleuse noyée dans une barbe
d'où émergeait un inamovible lorgnon : c'était Mac Nab. l'air
impassible, il entonna d'une voix de fausset les premiers vers des
Poêles mobiles :
Le poêle, c'est l'ami qui, dans la froide chambre,
Triomphant des frimas, nous fait croire aux beaux jours :
Son ardente chaleur nous ranime en décembre,
Et, sous le ciel glacé, réchauffe nos amours.
Puis, interrompant le couplet et laissant dormir le piano, il
s'écria avec l'accent de la plus profonde conviction :
 Le
poêle mobile se distingue de tous les autres en ce que, muni de
roues, il peut se déplacer comme un meuble. On le roule au salon, à
la salle à manger, à la chambre à coucher. La prudence exigeant
qu'on ne conserve pas de feu dans la chambre où l'on se couche, on
le ramène au salon pour la nuit. Le prix du modèle unique est de
cent francs.*
L'effet fut indescriptible ; ce fut une explosion de rires dans
toute la salle. Ce contraste entre ces strophes d'une sentimentalité
niaise à dessein et la fumisterie d'une annonce commerciale, le tout
débité avec un flegme imperturbable et souligné d'un geste
hélicoïdal toujours le même, était bien la chose la plus drôle qu'on
puisse imaginer.
Puis ce furent les Foetus, le Clysopompe, la
Chanson du capucin. Dès ce jour, il fut célèbre dans les fastes
du quartier latin et ses monologues y firent fureur.
Ce n'est pas que le bagage littéraire de Mac-Nab soit très étendu :
les deux volumes des Poèmes mobiles et des Poèmes
incongrus, une opérette, Malvina Ire, en collaboration
avec le compositeur Hireleman, une thèse burlesque de doctorat, et
c'est tout. Mais la plupart de ces morceaux portent l'empreinte
d'une gaieté si franche et si originale sous des dehors parfois
macabres qu'ils décidèrent une véritable popularité. L'indépendance
lui manquait pour produire beaucoup. Tenu, de par son emploi de
commis des postes qu'il ne voulut jamais quitté, par déférence pour
sa famille, à consacrer le plus clair de son temps à une besogne
prosaïque et exténuante, il n'écrivait que par raccroc, quand
l'inspiration venait ; et ce serait miracle que cette fille de
l'Idéal pût descendre dans ces arrière-boutiques sombres, humides et
malsaines, que sont les bureaux de poste parisiens.
Mais tout s'écoule, tout se transforme : c'est la loi de nature ;
un beau jour, on apprit que les poètes,
Goudeau en tête,
avaient émigré à Montmartre, où les attirait l'auréole naissante du
Chat Noir. Désormais les Hydropathes
n'étaient plus qu'un souvenir ; mais le Phénix renaissait de ses
cendres dans la petite salle de l'Institut du boulevard
Rochechouart, où seuls les initiés étaient admis. A Rodolphe
Salis, limonadier
de génie, revient l'honneur d'avoir su grouper une véritable élite
de poètes et d'artistes, en mettant à leur disposition un lieu de
réunion pittoresque et les colonnes du journal le Chat Noir,
dont le succès allait de jour en jour grandissant. Le nombre ne se
compte plus des artistes lancés par le Chat Noir [...]
Maurice Mac-Nab fut vite l'idole de ce public sans cesse
renouvelé, friand de nouveautés, et sa célèbre chanson de
l'Expulsion des princes devint l'accessoire obligé de ces
soirées. Il se consacra dès lors à la chanson, et sa verve satirique
s'attaqua à tous les travers contemporains. je ne crois pas me
tromper en disant qu'il fut un des gros éléments du succès du
Chat Noir ; on venait du fin fond de la province pour
l'entendre [...]
Et qu'on songe que ce n'est qu'après un labeur quotidien de douze
et quelquefois de quinze heures qu'il commençait à s'appartenir,
c'était se prodiguer : cette vie l'épuisa rapidement."
(Extraits de la préface de Nouvelles Chansons du Chat Noir,
1891, repris dans
Foetus,
1991)
* l'illustration en image populaire que nous avons retrouvé
montre que ce poêle a bien existé.
l'artiste vu par ses confrères
ses écrits
Foetus,
Nanga, Le Guilvinec, 1991 (broché, 13 x 13 cm, 32 pages sur papier permanent Canson, dessins de l'auteur,
tirage limité à 300 exemplaires)
en
savoir plus
Poèmes mobiles, monologues avec illustrations de l'auteur et une préface de Coquelin cadet, Albert Messein, Paris, 1927 sur la couverture, 1910 sur la page de titre et l'achevé d'imprimer (broché, 18 x 12 cm, 142 pages) L'édition originale est de 1886
Poèmes incongrus, suite aux
Poèmes mobiles, contenant ses nouveaux monologues et dernières chansons, avec une préface de Voltaire, Albert Messein, Paris, 1904 sur la couverture, 1891 sur la page de titre (broché, 18 x 12 cm, 72 pages) L'édition originale est de 1890
Chansons du Chat Noir
Chansons du Chat Noir, Heugel, sans date (illustrations de
Gerbault)
Nouvelles Chansons du Chat noir, Heugel, sans date (illustrations de
Gerbault)
ses livres
ses signatures ses autographes ses manuscrits
ses oeuvres
sa présence sur le Web
son contact ses amis
|