Horace Vernet

Emile Jean Horace, dit (Paris, 75 France, 30 juin 1789 - Paris, 75 France, 17 janvier 1863) peintre

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Portrait de H. V. gravé d'après un dessin de Paul Delaroche  (gravure 8 x 7 cm, papier 32 x 24 cm)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Etienne Delécluze, Notice historique sur Horace Vernet in Tableaux historiques d'Horace Vernet, Bureau des Galeries Historiques de Versailles, Paris

 

"Depuis quelque temps déjà l’état de santé de cet artiste célèbre faisait présager sa fin. Emile-Jean-Horace Vernet, né à Paris le 30 juin 1789, est mort dans la même ville, au palais de l’Institut, le 17 janvier 1863, à l’âge de soixante-quatorze ans. La vie d’Horace Vernet, considéré comme artiste et comme homme, deviendra sans doute l’objet d’un livre curieux. La description de ses nombreux ouvrages, dont la plus grande partie retrace les faits glorieux des armées françaises, depuis 1792 jusqu’à ces derniers temps, prendra un intérêt historique auquel personne ne restera indifférent. Quant à la vie de l’artiste, aux phases diverses de son talents et aux jugements parfois si opposés qu’ont fait naître la succession de ses nombreuses productions, les artistes pourront y puiser de bons renseignements en lisant les détails. Un pareil ouvrage ne peut être fait encore. Le talent d’Horace Vernet est resté si jeune et très peu de temps avant sa mort il a produit des ouvrages où s’étaient si bien conservées les qualités propres à cet artiste lorsqu’il était dans la force de l’âge, qu’il faut attendre au moins les effets d’un commencement de postérité pour prononcer un jugement définitif sur son œuvre. C’est donc moins pour fixer les idées du public sur le talent d’Horace Vernet que dans l’intention de l’aider à les éclaircir, que nous hasardons cette notice, car entre les jugements des admirateurs et des détracteurs excessifs des ouvrages de cet artiste, il y a certainement un juste milieu à tenir.

Horace Vernet, élevé chez son père, vivant dans son atelier et dans ceux des artistes qui tous alors étaient logés dans les galeries du vieux Louvre, Horace Vernet a manié d’instinct le crayon et le pinceau dés l’enfance. Son père, qui l’adorait, et par cela même n’avait pas grande autorité sur lui, le confia à un peintre célèbre, Vincent, qui tenait une école rivale de celles de Regnault et de L. David. Même sous ce maître, il n’étudia que légèrement, et la vivacité de son caractère, l’agilité  et la souplesse de ses membres, le rendirent habile à tous les exercices du corps. Son père, Carle, qui avait le goût des chevaux et de la chasse, le communiqua à son fils, qui l’a conservé toute sa vie.

Dans les trois écoles désignées plus haut, on enseignait particulièrement les élèves pour qu’ils traitassent l’histoire. Ce système n’eut aucune prise sur les facultés ni sur l’imagination du jeune  Horace. Il resta, lui, étudiant les chevaux instinctivement en courant au bois de Boulogne avec les cavaliers à la mode ; puis traçant de souvenir, au retour, des croquis, des caricatures spirituelles. C’est là que, sans avoir pleine conscience de ce qui se passait dans son intelligence, il faisait une étude sérieuse des mouvements de l’homme et des animaux ; étude dont il fit une application constante et si heureuse dans sa longue carrière de peinture.

Jusque vers 1812, le talent, les dispositions même d’Horace Vernet étaient complètement inconnus du public, lorsque l’on vit paraître de lui, la Prise d’une redoute, qui fut le premier essai dans le genre qu’il a traité avec tant de distinction. Les détails du tableau étaient imparfaits, mais il y avait un élan dans l’ensemble de l’action et dans le mouvement des figures qui fut remarqué par les connaisseurs et frappa même le public, vivement préoccupé des nombreux faits d’armes qui avaient lieu alors. Ce succès du fils de Carle Vernet auteur du beau tableau représentant la Bataille de Marengo, semble avoir fixé la vocation d’Horace. En effet, bien que la flexibilité de son pinceau et de son imagination lui ait permis de traiter des sujet de genres très différents, c’est, avant tout, comme peintre de batailles et de mœurs militaires qu’il se montre original, riche et savant dans ses ouvrages. Partant du point où était arrivé son père Carle, qui maria, dans la Bataille de Marengo, l’ordre stratégique au laisser-aller pittoresque, Horace s’empara de ce système, en multiplia à l’infini les applications, en profitant avec intelligence de la disposition variée des grandes batailles de la République et de l’Empire.

Comme premier résultat de ce système, je citerai les Batailles de Jemmapes, de Valmy, de Hanau et de Montmirail.

 

Entre l’exécution de ces importants ouvrages, notre artiste avait traité avec esprit et vérité des scènes militaires familières ; et le Chien du régiment, ainsi que le Cheval du trompette, avaient déjà rendu son talent tout à fait populaire.

A la suite de la première invasion, en 1814, Horace, qui avait pris part à la défense de Paris, reçu la décoration de la Légion d’Honneur.

Cependant, à la première exposition au Louvre, après la rentrée de Louis XVIII en France, le jury refusa de recevoir les tableaux d’Horace représentant les batailles de la République et de l’Empire. Alors la popularité déjà grande de l’artiste et de ses ouvrages fit naître, dans l’esprit de ceux qui regrettaient le régime impérial, une colère, à propos de ce refus, qui finit par se résoudre en une admiration sans bornes pour les productions du peintre. Horace fit dans son ateliers l’exposition de ses tableaux refusés, auxquels il ajouta la Barriere de Clichy, le Soldat laboureur, le Soldat de Waterloo, la Dernière Cartouche . L’admiration folle d’une portion du public et le dénigrement de l’autre n’eurent plus rien de commun avec une saine critique, ce ne fut plus qu’une querelle de partis politiques.

A la seconde Restauration, Horace fut si bien accueilli par le duc d’Orléans, que l’on jugea à propos, aux Tuileries, de ramener l’artiste par quelques faveurs, et il fut chargé de faire les portraits des ducs de Berry et d’Angoulême, et celui du roi Charles X à cheval, l’un de ses bons ouvrages.

Après avoir achevé bien d’autres tableaux dont les sujets sont très variés, son Mazzeppa, l’Evasion de M. de la Valette, Edith, le portrait du général Foy, etc. ; la mort du peintre Guérin, directeur de l’Académie de France à Rome, fit choisir H. Vernet pour son successeur.

Obéissant toujours aux impressions nouvelles qu’il recevait, Horace, tout en profitant de son séjour à Rome pour étudier les grands maîtres du seizième siècle, conserva toute la spontanéité de son talent, et, bien que dans le portrait de Vittoria, femme d’Albano, il ait accidentellement cherché à atteindre le dessin et le modèle les plus sévères, revenu à son naturel, il produisit le Combat des brigands, la Confession d’un brigand, la Chasse dans les Marais-Pontins, le Pape Pie VIII porté dans Saint-Pierre et la Rencontre de Raphaël et de  Michel-Ange au Vatican.

D’autres, mieux informés que moi sur les détails de la vie d’Horace à la villa Médicis, parleront de son urbanité, des agréments de sa fille et du séjour à Rome de Paul Delaroche, qu’Horace choisit pour son gendre.

Mais Horace Vernet est de retour en France, et nous touchons à l’époque où son travail va prendre son plus grand développement. Au salon de 1836, il exposa quatre grands tableaux des meilleurs qu’il ait produits ; ce sont des épisodes des batailles d’Iéna, de Friedland, de Wagram, puis celle de Fontenoy. La qualité principale chez Horace, que je signalais en commençant, l’art de saisir et d’exprimer les mouvements de l’homme et des animaux,domine dans ces quatre ouvrages et est en partie le résultat d’une faculté très puissante chez cet artiste : la mémoire. Chez lui, celle de la vue était extraordinaire. Ainsi, ce n’est qu’après avoir été observer dans l’écurie le cheval isabelle sur lequel Charles X est monté dans son portrait, placé aujourd’hui à Versailles, qu’Horace, revenu à son atelier, peignit l’animal de mémoire, avec une fidélité élégante dans les moindres détails, que n’auraient pu atteindre beaucoup de peintres avec le modèle devant les yeux.

Sous le gouvernement du roi Louis-Philippe, ce prince, appréciateur du talent d’Horace, le chargea de décorer à Versailles la grande salle de Constantine, et d’y peindre les principaux faits d’armes qui avaient eu lieu en Algérie. Horace se rendit aussitôt en Afrique, où il étudia soigneusement les lieux, les hommes, leurs mœurs et leurs habitudes ; et, emportant tous ces documents dont il avait enrichi sa prodigieuse mémoire, il revint en France, s’établit à Versailles, et acheva les tableaux de la galerie de Constantine en six années. Nous rappellerons les sujets des principaux d’entre eux : l’Occupation du col de Teniah ; les trois compositions relatives, l’une à la découverte de Constantine, l’autre au siège de cette ville, et la troisième à son assaut ; puis,  la Prise de la Smala. C’est , ce nous semble, dans ces tableaux relatifs à la guerre d’Afrique que l’artiste a déployé toutes les ressources de son talent d’exécution, et a montré surtout à quel degré de profondeur il pouvait, lui, si spirituel et si facile dans les sujets familiers, porter l’art de la composition, quand les faits qu’il avait à reproduire étaient graves et solennels.

Je suis loin d’approuver l’immense étendue donnée au tableau de la Smala : c’est une fantaisie du peintre que je n’engagerais pas à imiter ; mais, l’œuvre une fois prise pour un coup de tête, et lorsque la curiosité en fait considérer les détails, en promenant son regard comme sur un panorama, l’intérêt va toujours croissant. Je n’insisterai pas sur les épisodes militaires, traités de main de maître ; mais, je dirigerai l’attention sur la vie qui anime les groupes d’hommes, de femmes et d’animaux. Celui des Bestiaux épouvantés et se précipitant les uns sur les autres ferait à lui seul un tableau remarquable ; et, parmi la quantité de chevaux et de cavaliers distribués dans cette vaste composition, les mouvements de chacun d’eux sont saisis et exprimés avec autant de finesse que d’énergie. Enfin, malgré l’étendue excessive de la scène, quand on l’a parcourue, on s’aperçoit qu’il y règne une unité parfaite.

Malgré l’entrain, la vivacité et la justesse des mouvements des soldats qui montent à l’assaut de Constantine, entraînés par le brave de Lamoricière, j’insisterai moins sur ce tableau, parce qu’il se rattache à un mode dans lequel Horace s’est toujours montré supérieur. Je m’arrêterai donc plutôt au tableau représentant le moment qui précède l’assaut de Constantine, scène qui, sous tous les rapports, mais principalement sous celui de la composition, me paraît être le chef-d’œuvre du maître.

Le champ du tableau, quoique vaste et comprenant une assez grande quantité de personnages, est simple et facile à saisir. Au-dessous du mur et de la porte de Constantine, battus par l’artillerie de siège, laquelle garnit le second plan du tableau, sont, sur le devant, les artilleurs en action, tandis que le général Valée, attendant le moment de commander l’assaut, repose pensif, mais avec calme, sur l’affût d’une pièce de canon. A quelque distance, devant lui, est le premier peloton des soldats qui doivent monter à l’assaut. Tous ces braves, immobiles et l’arme au pied, attendent l’ordre de s’élancer. C’est là, quoi qu’on en puisse dire, qu’Horace s’est montré sérieusement un grand artiste. Lui qui avait réussi si complètement à exprimer, dans l’Assaut, les mouvements les plus vifs, les plus complexes que puisse exercer l’homme, à peint au moment solennel qui précède l’action, tout le peloton en attente, dans une immobilité presque complète. Mais qu’il y a d’éloquence dans cette immobilité ! Comme on devine, d’après l’expression et l’attitude de chacun de ces soldats, la disposition de son âme ! Ils sont braves, résignés, sans doute ; mais enfin ce sont des hommes, et nul homme ne se sent près de la mort sans être ému.

C’est là ce qu’Horace Vernet a merveilleusement exprimé par la tenue des soldats du premier peloton d’attaque. Les formes extérieures de ce tableau n’ont rien de commun avec celles de la composition du Poussin ; mais, pour le fond, pour la philosophie du sujet, comme diraient les Italiens, Horace Vernet s’est montré un digne élève du peintre de l’Extrême-Onction et du Testament d’Eudamidas.

Variable comme le mois d’avril et l’imagination toujours excitée par mille idées nouvelles, Horace, pendant les six années qu’il consacra à l’exécution de la galerie de Constantine, la mémoire pleine de souvenirs de l’Orient, essaya, dans quelques tableaux tels que Abraham renvoyant Agar, Rebecca et Eliézer, de donner un aspect nouveau aux sujets bibliques, en revêtant ses personnages du costume arabe. Mais, bien que, par un anachronisme consacré au temps de Louis XIII, Poussin ait habillé ses personnages de l’Ancien Testament à la grecque et à la romaine, du droit du génie, Poussin est resté vainqueur dans cette espèce de lutte, et, malgré le goût que l’on a eu de nos jours pour la couleur locale, on n’a pas tenu compte de la tentative de Vernet.

Le roi Louis-Philippe, dans l’intention de récompenser Horace Vernet des travaux de Versailles, lui offrit la pairie, que l’artiste refusa. Un refroidissement de ces deux personnages résulta de ce refus, et le peintre parti pour la Russie, où il fut reçu de la manière la plus favorable par l’empereur Nicolas. De retour en France, le peintre de la Galerie consentit à rentrer en grâce auprès du roi des Français ; et c’est à cette époque, 1845-1846, qu’il faut reporter l’exécution de la Smala et de la Bataille d’Isly. Entre un assez grand nombre de portraits de sa main, ceux de Louis-Philippe et de ses fils à cheval, et celui du Frère Philippe, supérieur des frères de  l’Ecole chrétienne, ont fixé particulièrement l’attention du public. Son dernier ouvrage marquant en ce genre est le portrait équestre de l’Empereur Napoléon III.

Il y aurait bien à dire encore sur le grand nombre et la variété des ouvrages qu’Horace Vernet a produits pendant sa vie longue et laborieuse. Mais, comme nous l’avons dit, ce doit être pour quelque jeune écrivain le sujet d’un livre intéressant. Nous n’avons insisté que sur les compositions de l’artiste où il a déployé les grandes qualités qui caractérisent son talent et déterminent les phases par lesquelles ce talent a passé. Cela suffit, pensons-nous pour asseoir un jugement sur le mérite réel de ce peintre.

La disposition remarquable de son caractère et de son esprit est l’indépendance d’où est résultée l’originalité de l’homme. Horace n’a imité aucun maître ancien, et est resté étranger aux idées et aux tentatives capricieuses des peintres ses contemporains ; car c’est à tort que l’école romantique a prétendu qu’il marcha sous son drapeau. Les chefs de cette école ont, dès leurs premiers essais, sacrifié la forme à la couleur, et c’est, au fond, la base de leur doctrine. Or il y a une partie de l’art qui prête à la critique dans les ouvrages de Vernet, c’est le coloris, qui manque parfois de solidité et d’éclat. Quant au dessin et au modelé des formes, particulièrement employés par lui pour exprimer le mouvement des êtres vivants, Horace Vernet a poussé cet art jusqu’à un degré de perfection presque scientifique. En effet, si l’on en observe les résultats, comparativement aux résultats analogues dans les tableaux de batailles de Salvator Rosa, des Bourguignon, des Parrocel, des Casanova, on trouvera dans les ouvrages de l’auteur de la Galerie de Constantine une vérité dans l’ensemble des figures en action et une délicatesse, une énergie dans les détails, qui donnent une véritable supériorité à notre artiste contemporain.

Quelques critiques inflexibles ont été jusqu’à refuser à Horace Vernet la qualité du peintre, parce que, au lieu d’aspirer à réaliser avec son pinceau un monde idéal, toujours obéissant à ses instincts, à son imagination, il n’a pas voulu, comme tant d’autres, forcer sa nature, traiter, par vanité, un genre étranger à ses aptitudes intellectuelles et physiques, et rendre inutiles à plaisir tous les dons précieux qu’il avait reçu du ciel. Cette modération dans ses espérances, cette appréciation juste de son mérite, cette connaissance de soi-même enfin, est ce qui a conduit cet illustre artiste à produire un ensemble d’ouvrages d’une originalité telle qu’on les considère et que l’on en jouit naturellement sans qu’il vienne à l’esprit de rechercher de quelle école, ancienne ou moderne, ces brillantes productions relèvent. Aussi ce grand artiste, s’étant volontairement abstenu de traiter des sujets qui touchent à la poésie, mais se livrant avec ardeur à la peinture de la vie réelle et des grands faits militaires qui ont eu lieu depuis la fin du siècle dernier jusqu’à nos jours, a-t-il été le peintre le plus populaire de son temps.

Horace Vernet était membre de l’Institut depuis 1846. Nommé dans la Légion d’Honneur en 1814, il parvint jusqu’au grade de commandeur et reçut les décorations de presque tous les ordres des souverains de l’Europe.

Quelques mois avant sa mort, l’Empereur Napoléon III lui envoya la croix de grand-officier de la Légion d’Honneur."

 

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Lhote André, De la Palette à l’écritoire, Corrêa, Paris, 1946 (broché, 19 x 12 cm, 438 pages) - Présentation et écrits d'artistes : Nicolas Poussin, L'Académie Royale de Peinture et de Sculpture (Champaigne, Blanchard, Jean Baptiste Champaigne, Le Brun), Watteau, Quentin La Tour, Joseph Vernet, David, Prud'hon, Girodet, Géricault, Horace Vernet, Delacroix, Ingres, Amaury-Duval, Victor Mottez, Fromentin, Corot, Millet, Courbet, Claude Monet, Cézanne, Renoir, Manet, Odilon Redon, Emile Bernard, Gauguin, Degas, Van Gogh, Sérusier, Signac, Henri Matisse, Georges Braque, André Derain, Maurice Denis, Dunoyer de Segonzac, Maurice de Vlaminck, Gleizes et Metzinger

 

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